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Richard III de Lagarde

Une scène éclairée comme un studio de cinéma par une lumière blafarde, des costumes de velours bleu électrique façon années 80, une Lady Anne portant des lunettes de soleil rétro et fumant une cigarette d'un air badin, une scène érotique entre une Lady Anne- nue, cela va sans dire- et un Richard fou de désir. La mise en scène de Ludovic Lagarde n'est pas, à première vue, des plus classiques. Il faut dire que la réécriture de Richard III par Peter Verhelst, pour le moins ambitieuse, abandonne le vers au profit d'une prose poétique pleine d'images, et raccourcit sensiblement la pièce en ne gardant que les scènes essentielles à la compréhension de la trame dramaturgique.
Malheureusement, on s'aperçoit bien vite des faiblesses d'une telle mise en scène qui cherche à exciter le regard plus qu'à éveiller l'esprit. Une désagréable impression de déjà-vu envahit le spectateur à mesure qu'il voit se multiplier les références cinématographiques ; la nonchalance de Lady Anne, la voix (mixée par l'ingé son) de la reine, les flingues dégainés à la moindre escarmouche, et la voix-off (qui résume sans scrupule les péripéties historiques) dévoilent une esthétique tarantinesque déplacée. L'interrogation sur l'ambition politique évoquée par Shakespeare, ambition qui détruit les liens filiaux et mène à une marginalité et à une solitude extrême, perd hélas beaucoup de sa force : la verve de Richard tient ici plus de celle d'un caïd des beaux quartiers que d'un homme politique ambitieux et cruel, l'évocation du fratricide est réduite à quelques coups de feu, et la question de la marginalité, évitée. L'histoire de cet illustre sanguinaire, hanté par le spectre de ses doutes, et surpris par l'angoisse de la solitude du pouvoir, semble réduit à un fait divers, illustré par une succession de belles vignettes et des scènes de la vie intime dignes de Loft Story.
Richard III de Lagarde
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# Posté le jeudi 15 novembre 2007 06:17

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