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la mastication des morts mis en scène par Eva Vallejo

C'est dans la plus intimiste des salles du théâtre du Rond-Point qu'Eva Vallejo a installé le cimetière de Moret-sur-Raguse, village authentiquement franchouillard sorti tout droit de l'imagination de Patrick Kermann. La disposition du décor vise à troubler le spectateur à peine assis : il se voit dans un miroir mural, sur lequel sont tracées des épitaphes qui apparaissent en transparence grace à des jeux de lumière bleue nuit, celle qu'on imagine régner dans un caveau. Ce n'est qu'une fois le public plongé dans les ténèbres de l'au-delà,que la mémoire de chacun des morts peut se mettre à chanter.
Le plateau presque nu suggère la solitude de ces absents en quête de confidents; l'apparence des fantomes qui s'avancent sur la scène ne surprend pas, et leur teint blafard comme leurs sourires graves laissent penser qu'il ne s'agit là que d'une banale histoire de revenants. Mais cette attente, très vite déçue, ne fait apparaître que plus intensément toute l'ironie, l'humour noir et l'étrangeté du texte. Et c'est d'abord la situation d'énonciation, défiant toute logique en donnant la parole aux morts, qui fait naitre le mystère et alimente le caractère comique du texte: le suicidé raconte son passage à l'acte, l'assassiné son passage à tabac, le malade son ultime colique, le ton badin et l'air penaud. Entre rire et trouble, la mort apparaît comme un simple élément du cours ordinaire des choses, mais mythifié par les vivants, qui préfèrent s'imaginer finir au royaume des morts plutot qu'au royaume des vers.
Le caractère burlesque de la pièce naît de ce décalage entre le sujet lugubre et le ton humoristique des confidences, décalage accentué par les déambulations presque clownesques des personnages qui s'incarnent successivement devant nous.
Le rythme endiablé de la mise en scène est accompagné et parfois adouci par le violon, le piano et la guitare électrique, harmonie musicale qui se module selon que la parole est chuchotée comme un secret, vociférée comme un ordre ou chantée comme une berceuse. Si mourir c'est comme s'endormir, il faut pouvoir en rire.
la mastication des morts mis en scène par Eva Vallejo

# Posté le jeudi 15 novembre 2007 06:19

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