Tout est pardonné de Mia Hansen-Love ****ATTENTION:ne pas lire cette critique avt d'avoir vu le film****

Tout est pardonné de Mia Hansen-Love   ****ATTENTION:ne pas lire cette critique avt d'avoir vu le film****
Ce film s'ouvre et se ferme comme un livre avec une très ancienne berceuse irlandaise, aux tonalités étranges. Et il se regarde comme on découvre un poème grave et beau, un poème lu fiévreusement, l'émotion à la gorge.
Le thème fait écho à ce magnifique Rois et Reine de Desplechin, film qui aborde comme celui-ci le thème de la filiation ; une très jeune et fragile reine (Pamela) est séparée pendant onze ans d'un père écrivain, perdu dans une mélancolie profonde, que les drogues ne calment pas. Et ses trois rois sont son beau-père, qui la protège comme son enfant, son grand-père complice, et son père imaginaire, Victor.

La première partie du film (« 1.1995, Vienne. »)prend toute sa dimension avec la deuxième ; ce père qui sombre dans l'autodestruction, ce qui affaiblit son pouvoir de création, revient à la surface grâce au rêve de revoir sa fille un jour. Mais même ces instants graves et lourds sont balayés du regard avec pudeur par la caméra de Mia Hansen-love ; la mésentente sourde entre le père et la mère est suggérée par le paysage de verdure défilant à toute vitesse, paysage vu du petit train que la famille désunie empreinte le jour de l'anniversaire de Pamela. Ce paysage que l'on n'arrive pas à saisir du regard évoque l'incompréhensible fuite en avant d'un père qui semble ne plus pouvoir aimer.
L'intériorité de la mélancolie est un des thèmes centraux du film. Mais dans la première partie la mélancolie rend impuissant, puisque l'écrivain semble de ne plus arriver à écrire.

C'est en effet dans la deuxième partie que cette mélancolie nous est révélée comme facteur de créativité et de transmission du désir de créer. On retrouve Pamela, jeune fille frêle qui semble danser lorsqu'elle marche. Mais elle semble intérieurement éteinte. Lorsqu'elle entend à nouveau parler de son père et que la question de le revoir se pose, c'est avec retenu et anxiété qu'elle l'aborde. Elle finit par lui rendre visite, et la ballade au Luxembourg qui s'ensuit, qui installe tant d'émotion et de joie contenues entre le père et la fille, semble faire intérieurement rayonner la jeune fille, dont le regard noisette échappe, tant l'intensité de ce qu'elle vit le fait vibrer. Et le père se remet alors à écrire, avec ferveur. Ce passage qui suggère que les deux personnages ont trouvé une inspiration chez l'autre, me rappelle cette phrase de Proust : « Le bonheur est salutaire pour le corps, mais c'est le chagrin qui développe les forces de l'âme. » En effet, c'est cette impasse de 11 ans rencontrée par les deux personnages, cette mélancolie dans laquelle on puise une force d'âme pour faire refleurir le désir de créer, qui leur permet à tous deux de renaître et d'être pleinement. La mort brutale de Victor, comme un fil qui se casse, que Mia nous fait deviner par cette sonnerie de téléphone interminable dans la maison de campagne et la chaleur du printemps, permettra à la transmission du désir de créer d'avoir lieu. Cette mort interrompt en effet l'idylle épistolaire pleine d'ambiguïté qu'entretiennent père et fille (ils signent en effet leurs seuls prénoms au bas des lettres et la tendresse de ces dernières évoquent des lettres d'amour d'amants séparés) ; mais dans la main froide et grise de Victor, est trouvée la lettre qu'il allait envoyer à Pamela, quand la mort l'a surpris. A l'intérieur, des poèmes très courts recopiés à la main, comme des Haïkus d'adieu. Pamela en remarque un qu'elle traduit de l'allemand à une amie :

« Ce qui décline aujourd'hui, fatigué,
Se lèvera demain dans une renaissance
Bien des choses restent perdus dans la nuit
Prends garde, reste alerte et plein d'entrain ! »

Ce poème de Joseph Von Eichendorff donne sa note finale au film, et dévoile une part de ce qu'il veut transmettre ; l'idée que la mélancolie, les humeurs sombres et la fatigue d'être soi ne doivent pas être à tout prix évitées, mais demandent au contraire à être écoutées, car elles sont le terreau de la création et de la renaissance du désir. Il faut cependant tenter à chaque instant de garder ce désir intact à l'intérieur de soi, pour savoir mener dans la lumière des beautés qui semblent sombrer.

# Posté le vendredi 21 septembre 2007 09:32

Modifié le dimanche 23 septembre 2007 06:51

La fille coupée en deux du père Chabrol

La fille coupée en deux du père Chabrol
«Qu'est ce qu'il y a, tu perds tes mots pépé ? T'as besoin de ceux des autres ? »
Avec son dernier film, Chabrol se profile comme le La Fontaine des temps modernes, bien qu'il n y ai eu qu'un seul La Fontaine.

Au c½ur de sa fable, pleine de sarcasme, de méchanceté, mais aussi d'humour mordant, le moraliste a placé une héroïne tragique. Un véritable drame aux dimensions pathétiques- au sens dramatique et littéraire du terme- se joue donc sur la scène même d'une comédie de m½urs. Et c'est en cela que La fille coupée en deux est un film très subtil.

Oie blanche, Gabrielle Deneige (jolie nom pour une oie) ne l'est pas tout à fait. D'origine modeste, elle a de la réparti et une élégance naturelle. Ce qui donne à l'½uvre de notre fabuliste national toute son étoffe, c'est justement que ce n'est pas l'incrédulité de la jeune fille qui la perdra, mais son caractère passionné qu'elle ne peut réprimer dans un monde où le cynisme fait loi. «Petite fille... » lui répètent avec un tendre mépris tous les personnages du film, lorsqu'elle ose croire encore qu'elle peut vivre sa passion, ou qu'une quelconque éthique règle le comportement de tout à chacun.

Prise entre son amour dévorant pour un écrivain médiatisé qui passe ses journées dans son jacuzzi en lisant le Canard Enchaîné (portrait irrésistible de l'intellectuel mondain qui déclare vivre comme une nonne devant tant de téléspectateurs; on reconnaîtra aisément BHL ou autre Houellbeck) et un jeune milliardaire déséquilibré qui fera tout pour la posséder, elle échouera en poupée désarticulée à la lisière du générique de fin. Ludivine Sagnier, qui incarne cette Bérénice chabrolienne, montre une grande finesse de jeu, incarnant à merveille une jeune fille séduisante, simple et passionnée, qui se laisse gagner par une amertume dévorante. Le désespoir est une chose simple ; il arrive à pas lent lorsque nos idées et nos sentiments s'éloignent de plus en plus de la réalité du monde qui nous entoure. On peut entrevoir du bovarysme chez Deneige, ce qui offre une nouvel éclairage sur l'héroïne de Flaubert : Emma n'est peut-être pas si naïve qu'elle n y parait, mais elle choisit de tenter de faire correspondre ses rêves et la réalité, avec un certain courage. Elle échoue car elle oublie la cruauté des hommes, ou fait seulement semblant de l'oublier.

Le jeune rentier Gobains, soupçonné depuis l'enfance d'avoir noyé son jeune frère, est plein de tics et d'impatience. Lui aussi est resté cet enfant avide de sensations, et plein d'un désir de jouir et de posséder inquiétant, désir qui n'a rien de naturel. Il perd confiance en Gabrielle, et sa folie se libère.

L'écrivain, qui garde de la distance sur les autres hommes et sur la société (« je ne sais pas si notre société va vers le puritanisme ou vers la perversité », déclare-t-il à la télévision locale, et se posant en penseur du monde) n'en a aucune sur lui-même, ce qui fait de lui le personnage le plus humain du film. En effet, qui peut prétendre avoir du recul vis-à-vis de soi ?


Alors, qui est le bourreau dans cette histoire ? Gabrielle, qui rend fou Paul Gobains et le pousse indirectement au meurtre ? L'écrivain, qui détruit Gabrielle et la pousse à se marier avec un dérangé ? Gobains, qui tire sur la gâchette ? Ou le fakir de pacotille, symbole des illusions, ce poison fatal qui s'installe dans les relations humaines, qui découpe Gabrielle à la fin du film, dans son numéro de magie ?

La beauté du film repose dans son caractère tragique ; on devine que les relations humaines, dans un monde où le cynisme prend de plus en plus de place, sont inextricablement pimentées de perversité et d'incompréhension, de méfiance et de cruauté. Le don de soi devient alors la chose la plus difficile du monde. Notre société fait de nous des hommes inquiets. Et inquiétants.

En effet, les personnages s'épient par médias interposés ; dès lors, les sentiments de désir, de haine, et de jalousie naissent et grandissent grâce aux médias et à l'image. C'est donc la représentation de soi et des autres qui pervertissent les relations humaines, et paradoxalement, qui empêchent toute communication véritable entre les hommes. Comme l'écrivain qui s'exprime avec les mots des autres, chacun construit sa représentation de l'autre à partir d'un masque imposé par l'autre. Chacun est donc le Frankenstein de l'autre, et porte un visage monstrueux dans un monde régi par les apparences, par le désir et le besoin acquis de possession de l'autre qui en découle.

# Posté le jeudi 30 août 2007 11:50

Modifié le jeudi 30 août 2007 12:03

Old Joy de Kelly Reichardt

Old Joy de Kelly Reichardt
« la tristesse n'est qu'une joie passée »

Old Joy m'a montré ce qu'est l'élégance. Ce film permet d'entrer dans l'émotion par une porte inattendue ; celle du quotidien, de la banalité. Kelly Reichardt nous plonge dans une torpeur oubliée, pour nous montrer que la beauté se trouve parfois là où on pense qu'il n'y a rien.

Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi ce film m a-t-il envoûté alors qu'il ne montre qu'une simple balade en foret avec deux acteurs au physique neutre, en vieux shorts oranges, et sans problèmes particuliers ? Sans même un ours qui viendrait, tous crocs dehors, gâcher le pic nic, les dévorant sous nos yeux ?

Deux hommes dont on ne sait pas grand-chose, et dont on devine seulement les liens d'amitié et les positions sociales, partent en foret, sac au dos. On ne sait rien d'autre, et aucun signe apparent ne nous guide dans l'intrigue potentielle que comporte tout film apparemment digne d'être vu. Le film n'exige pas de nous de COMPRENDRE, de SAVOIR, seulement de se fondre dans la foret et ses bruits, ses odeurs d'humus qui semble bercer la salle de cinéma, ses cris de bêtes ou d'insectes inconnus. C'est cela, ce film nous invite dans l'inconnu.

Ils ne parlent pas dans la voiture, comme deux membres d'une même famille qui s'autoriseraient l'un l'autre à habiter dans leurs pensées devant le paysage qui défile.
Le temps d'un simple parcours dans le lointain. Un lointain pourtant accessible où les deux hommes prennent des bains de sources chaudes, jusqu'à s'abandonner dans les bras des arbres bruns qui les enveloppent.

Ce film nous demande une chose rare : s'abandonner, et tenter de sentir et non de comprendre.
Il nous dit aussi autre chose : le temps des hommes n'est pas le seul à avoir une réalité sur terre, un autre temps existe, à la lisière de la ville. Le temps de la nature ne peut être dompté, il ne peut qu'être écouté. C'est peut être alors parce que l'homme a peur de l'abandon et du don de soi, et qu'il veut à tous égards imposer son tempo, qu'il chasse et traque les forets.
Moi j'ai simplement touché du doigt une chose : l'angoisse des hommes vient de leur amnésie. Nous sommes partie d'un tout. Sans ce tout, dont la nature fait partie, nous perdons notre sens.

# Posté le mardi 31 juillet 2007 08:45

L'Acte Inconnu de Valère Novarina.Avignon 2007

L'Acte Inconnu de Valère Novarina.Avignon 2007
Novarina donne la possibilité au spectateur de devenir enfant, naif ; il lui donne l'autorisation de ne pas tout comprendre. Enfin.
Et il nous montre que notre utilisation de la langue est presque exclusivement nominale ou dédiée au dénombrement. Mais où est passée sa dimension symbolique ?
Refonder la langue française devient possible avec Novarina ; j'ai été touchée par une toute autre langue, ma langue maternelle m'est apparue transformée.

En assistant à L'Acte Inconnu, il apparaît que le langage permet de construire tout un monde, grâce aux symboles qu'il contient. Seulement Valère Novarina remplace chaque mots connus par de purs néologismes, dont les musiques sont belles, pour nous montrer que notre langue française actuelle ne chante plus, ne résonne plus en chacun de nous, elle ne contient plus de sens ni de symboles, mais ne sert qu'à poser des étiquettes, sur chaque chose, chaque être.

Alors que le spectateur se perd dans les tunnels d'une langue dont il connaît les sonorités mais ne reconnaît plus les liaisons et les significations, il s'attache alors aux visages et aux corps des acteurs, des corps et des visages qui, par leurs gestes, font naître un langage bien plus expressif sur le plan du sens que peuvent le faire les mots.

Chacun prend alors conscience que l'homme ne caresse plus assez les éléments, ne touchent plus la terre, mais frôlent la vie, suspendus, persuadés d'y être bien accrochés, attachés.

C'est peut-être en sautant dans le vide, cette abstraction d'où peut émerger un sens, où l'on peut trouver la raison de l'Etre, que l'on peut se frotter au Vrai. Ainsi, c'est par la fiction et par la métaphore, par la représentation du réel, qui ont lieu sur une scène de théâtre, qu'émerge une vérité sur notre utilisation de la langue, qui en dit elle-même long sur notre appréhension du monde. Le monde, on le chiffre, on le regarde à travers un écran, et on ne se questionne plus beaucoup sur son sens, et sur notre sens à nous, les hommes. Comme dit le Petit Prince : « Les grandes personnes aiment les chiffres ».

# Posté le mardi 31 juillet 2007 08:36

Je cherche ma voie...

Je cherche ma voie...
Où cours-je ?

Dans quel état j'erre ?

Je vous tiens au courant qd j'aurais débroussaillé tout ça... WoRk In PrOgReSs...

# Posté le mercredi 23 mai 2007 12:31