A quize ans, je rencontrais de sérieux problèmes dans mes études. J'étais très déconnecté du milieu scolaire. Un vrai fantome asthmatique errant dans les couloirs du lycée. J'étais myope sans le savoir; je ne voyais plus ce qui était écrit sur le tableau, j'ai donc arreté de noter les cours puis j'ai arreté d'aller en cours!
Aux vacances de noel, Jacques, qui avait acheté un sublime voilier des années 1930, m'invite au Caraïbes. Un soir, on prend des champignons hallucinogènes ensemble. je revois le monde en couleurs. Pour moi, Paris était en noir et blanc, avec Public Image Limited, Joy Divison, Killing Joke, la désespérance anglaise en bande sonore. J'adorais cette lumière blafarde, mais cette musique m'emmenait vers les teritoires arides de la dépression. En Guadeloupe, je découvre une vibration riche, chaude, colorée. Je perds ma virginité, je bois du rhum, j'écoute la romance cosmique des Doors. Je suis dans un reve non plus sinistre , mais merveilleux, mystérieux. Je me rapelle que nous nous arretons parfois, la nuit, dans des criques sombres et que j'ai l'impression d'etre dans un roman de Joseph Conrad.
Quand il faut rentrer en France, retourner dans la prison du lycée, je suis contre. Je planifie une fugue. A l'aéroport, je reste en retrait, j'attends que tout le monde passe la douane et je m'enfonce tout droit dans la nuit, sans me retourner. Je suis resté trois mois en Guadeloupe comme mousse sur le bateau de Jacques. Je me lève à six heures du matin et l'eau est tellement claire que j'ai le sentiment que le bateau flotte dans l'air. Je me baigne avec les poissons multicolores, je vais à terre à la nage. J'ai un amie guadeloupéen de dix-neuf ans qui m'emmène explorer la foret. Et puis, au bout d'un moment, la monotonie de la vie au soleil me lasse, l'excitation de la vie urbaine me manquent.